Siouxsie And The Banshees « Juju »

(1981) Siouxsie And The Banshees - JujuJuju est LE disque à guitares de Siouxsie and the Banshees. John Mcgeoch  y joue comme un dieu, avec une fougue et une inventivité inégalées dans la scène post-punk du début des eighties. Les arpèges aigres-doux du tonitruant Spellbound donnent le ton dès le début de l’album : la guitare sera l’instrument roi du disque ! Le rythme s’accélère ensuite et Siouxsie suit sans problèmes avec son chant unique, à la fois profond et détaché, sensuel et menaçant : Spellllllbound ! Spellllllbound ! On enchaîne avec un Into the light poignant avec sa guitare rythmique reptilienne presque dub et son refrain perçant et fragile, mariage parfait entre la voix écorchée de Siouxsie et la guitare lancinante de John. Arabian Knights nous emmène sur d’autres territoires, avec cette guitare étrange qui déroule le tapis persan devant les percussions martiales de Budgie et la basse lourde et grondante de Steve Severin. Halloween accélère le rythme à nouveau dans un sursaut punk qui nous rappelle les origines du groupe. Le morceau s’enchaîne à merveille avec une intro innovante à la guitare triturée comme peu le faisaient à l’époque (on dirait du Killing Joke) pour un Monitor aux rythmiques hachées et chaloupées. Night Shift nous fait du goth en cinémascope, avec Siouxsie en reine des ténèbres, ce rôle qui lui colle à la peau et qui lui va à ravir. En s’enfonçant dans les derniers morceaux du disque, l’ambiance devient plus sombre, plus suave, plus dangereuse. Sin in my heart avec son chant introspectif et rageur, Head Cut avec une Siouxsie imprécatoire et vengeresse, et le final Voodoo Dolly où Siouxsie en prêtresse vaudou s’égosille sur la guitare torturée et vicieuse de Mcgeoch dans un maelström final qui rappelle le The End des Doors, dont Siouxsie est une grande fan.

Soyons clairs : toute la trilogie John Mcgeoch (Kaleidoscope, Juju, A Kiss In The Dreamhouse) est un must have ! Chacun de ces albums est unique et représente une facette du groupe, mais Juju, comme je l’ai dit dès le début, est vraiment le disque où la guitare du regretté McGeoch explose, où son jeu est le plus acéré, le plus flamboyant et baroque. Un disque phare pour un groupe aventureux, qui n’a jamais eu froid aux yeux !

The Sisters of Mercy “First and Last and Always”

sisters-of-mercy-first-and-last1Comme une matinée maussade qui recèle en elle d’insoupçonnables charmes, cet album des Sisters déploie ses plus beaux atours sous une brume dense et des lumières ternes. Une production simpliste, des guitares tranchantes et mélodieuses, un chant caverneux mais romantique en diable, ainsi qu’une boîte à rythmes sèche et minimaliste (entrée dans la légende sous le patronyme de Doktor Avalanche) permettent à Andrew Eldritch et sa bande de signer l’un des plus beaux albums de rock gothique des 80’s. First and Last and Always est un album phare et novateur dont l’influence se ressent encore aujourd’hui dans toutes les productions musicales estampillées “dark” ou “goth” avec tout le fatras visuel burlesque (grotesque ?) qui accompagne généralement ces nouveaux “décadents”.  Pourtant ici point d’excès dans le maquillage, il s’agit même à la base d’un album de rock assez austère, oscillant entre ballades sombres et riffs pêchus sur une rythmique implacable et froide. La voix grave et cabotine d’Eldritch surfe sur des mélodies qu’on dirait taillées pour elle seule (essayez d’imaginer quelqu’un d’autre que lui chanter sur cet album !), pour accompagner ses larmoiements et ses longues complaintes chantées (Marian, Possession) pour mettre en valeur sa tristesse et ses tonalités litaniques (Some kind of stranger).  Il faut rendre ici hommage au rendu sonore particulier des guitares qui embaument le chant affecté d’Eldritch et contribuent à créer cette ambiance élégiaque si particulière et savoureuse qui a influencé tant de groupes rock/metal par la suite.

First and Last and Always est un chef d’oeuvre de rock sombre et mortuaire. Un album mystique et envoûtant, à ranger à côté des autres bijoux du genre (Pornography ou Seventeen Seconds de The Cure, Juju de Siouxsie and The Banshees) sortis tout droit des ténébres des années 80.