Secret Chiefs 3 « Book of Horizons »

Image Si Book of Horizons était un livre, ce serait un recueil de nouvelles. S’il fallait trouver un équivalent littéraire à Trey Spruance ce serait Jorge Luis Borges. Les deux possèdent cette capacité de créer des univers bien à eux en s’inspirant ouvertement de l’œuvre des autres, en parodiant ou en rendant hommage à leurs maîtres. Book of Horizons n’est donc rien de moins qu’une compilation de créations hétéroclites aux genres très disparates, sorties du cerveau bouillonnant de Trey Spruance. L’érudition musicale de Spruance l’empêche d’ailleurs de sombrer dans les clichés des musiques qui l’influencent, et le fait que ses références soient parfois voyantes ne l’empêche pas de poser son empreinte de manière flamboyante, ne serait-ce que par la richesse des instrumentations et des arrangements, ainsi que la production ciselée de l’album. De fait, le travail de recherche et de peaufinage de ce disque-patchwork est monumental. Des incursions grind/death metal dont il parsème l’album et qui font mouche à chaque fois, à la grandiloquence de BO de films et aux rythmiques syncopées d’Orient et d’Asie mineure, Spruance incorpore ses influences traditionalistes (en utilisant de vrais instruments traditionnels comme son fameux saz) à ses délires bruitistes contemporains sans jamais tomber dans la cacophonie ni la prétention arty. Secret Chiefs 3 peut d’ailleurs être vu comme le continuateur  du Mr Bungle aventureux de Disco Volante, dont l’audace, la folie mais aussi la rigueur et le génie, transparaissent brillamment dans ce roboratif Book of Horizons.

Pig Destroyer “Prowler in the yard”

Un des albums les plus brutaux et expéditifs jamais pressés. Voilà qui est dit d’emblée. Au moment où vous appuyez sur la touche “lecture”, vous entrez en apnée dans un univers oppressant, sadique, étouffant, sentant la sueur, le sang et le foutre. Pig Destroyer vous maintiennent ligoté, la tête dans l’eau et s’ils leur arrivent de la ressortir, c’est pour vous balancer une paire de baffes ou un punch en pleine face. Le groupe a placé la barre tellement haut pour ce Prowler in the yard dopé aux anabolisants que parler de “grindcore” pour cet album revient à discuter thrash metal en parlant de Reign in Blood, alors que ces oeuvres explosent et dépassent par leur ampleur et leur singularité les frontières et étiquettes inventées par des critiques et dédiées aux marchands. Dès le début du disque on plonge, avec Jennifer, dans la psyché perturbée d’un homme s’apprêtant à commettre un meurtre. Le texte digne d’une superbe entame de roman noir, déclamée par la voix froide et robotique d’un ordinateur, installe le décor. Les hostilités débutent ensuite avec une pure tuerie grindcore Cheerleaders corpses. On assiste ensuite à un enchaînement de titres touffus aux riffs calibrés pour faire très mal, certaines salves ne durant pas plus de quelques secondes, tandis que d’autres exploitent leur arsenal sur une durée plus longue, flirtant au passage avec différents styles d’agression musicale, du noisecore au brutal death en passant par des guitares pachydermiques très doom. Le groupe détruit donc tout sur son passage, instillant une poésie de la torture et du démembrement à travers des textes terrifiants et sans concession, hurlés avec une conviction religieuse par un JR Hayes en transe, habité par les mots qu’il dégoise comme si sa vie en dépendait. Prowler in the yard, ou comment le grindcore se transcenda.