Pig Destroyer « broken mic ? no problem ! »

Que faites vous quand vous êtes l’un des vocalistes les plus intenses de la scène metal et que votre micro est brisé ? VOUS FAITES SANS !

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Mayhem « De Mysteriis Dom Satanas »

AlbumArt_{B44ED125-A976-43F3-BBCA-523FB8C586AD}_Large   Un bon album de black metal n’est pas qu’affaire de violence ou d’agression musicale brute, c’est aussi une question d’ambiance, d’atmosphère maléfique, occulte. Quelque chose qui, derrière tout le satanisme de pacotille, inspire l’horreur, ou la suggère, comme dans un bon livre de Lovecraft. A l’aune de ces standards, il faut bien admettre que De Mysteriis Dom Satanas est un album magistral. Sorti dans un contexte polémique sordide (assassinat d’Euronymous, leader culte du groupe, par son non moins culte et controversé compère Varg Vikernes, incendies d’églises en Norvège, etc.) et traînant dans son sillage les dernières prestations d’un guitariste-compositeur assassiné (Euronymous), les parties de basses de l’assassin (Varg, donc) et les derniers textes d’un vocaliste suicidé (Dead), l’œuvre est parfois mise en avant pour des raisons extra musicales. Pourtant, tout l’album est un concentré de l’esprit malfaisant du black, et représentait alors une forme d’achèvement de cette forme d’expression musicale que le monde découvrait avec effroi. Sombre bâtisse de riffs tranchants et crus sur une batterie en constant équilibre entre le bourrin et la subtilité (merci Hellhammer !), on y découvre aussi des idées inédites dans les précédents méfaits de Mayhem, comme ces sombres breaks qui alourdissent les morceaux et leur donnent cet aspect glauque, pervers et insidieux (Freezing Moon, From the Dark Past et surtout De Mysteriis Dom Satanas l’éponyme d’anthologie qui clôt l’album). Tout l’art de Mayhem sur De Mysteriis Dom Satanas est de servir ses violentes attaques sonores sur un fond atmosphérique décadent et poisseux, donnant à l’auditeur l’impression d’avancer dans d’obscures catacombes, poursuivi par un invisible démon, parfaitement personnifié par la voix lugubre d’Attila, qui livre ici une performance unique. Le chant d’Attila colle merveilleusement bien à l’ambiance noire et occulte du disque, même si, paraît-il, le chanteur hongrois énerve certains fans mal embouchés et sectateurs idiots de Dead.

En cette sombre année 1994, avec De Mysteriis Dom Satanas, œuvre sulfureuse et admirablement exécutée, Mahyem marque fortement les esprits et popularise un sous-genre pourtant promis aux éternelles ténèbres de l’underground métallique. La pierre angulaire du black norvégien, l’album symbole du genre.

Faith No More « Angel Dust »

Il est très difficile pour moi de parler d’Angel Dust de Faith No More sans user de superlatifs et d’épithètes élogieuses. En vrac et sans trop réfléchir : original, gonflé, génial, inspiré, l’un des meilleurs albums de metal, voire rock ou apparenté, des années 90.
Angel Dust est tout cela à la fois et même plus encore. Cet album est la pierre angulaire du metal américain mid nineties, pour le meilleur (Korn, Deftones, etc.) et le pire (SOAD et tout un contingent de groupes dit de « neo-metal »), bien que l’album en lui-même ait fort surpris à son époque et suscité plus l’incompréhension et la circonspection que le plus franc enthousiasme des masses. Angel Dust ne fut pas un flop, mais il causa un sacré malentendu dans les médias mainstream (la toute puissante MTV le bouda complétement, elle qui passait les tubes de leur précédent album en boucle) et si ce n’est le rattrapage in extremis du tube « Easy » (absent du premier pressage de l’album), il n’aurait dégagé aucun « hit » substantiel (les singles issus de l’album n’ont pas percuté dans les classements).
Il faut savoir qu’on avait laissé le groupe dans la vague dite « funk-metal », à base de rythmiques syncopées, basses slappées, chant hip hop, gimmicks funk, guitares tranchantes et ambiances relativement fun et positives, style très hype et prometteur à l’époque (Red Hot Chili Peppers, Fishbone, Living Color, etc.). L’album The Real Thing fut assimilé, plutôt hâtivement, à cette mouvance et le tube Epic diffusé en boucle par télés et radios. Patton sautillait et chantait sur un flow rap, posait sur les posters des midinettes ricaines, jouait l’Anthony Kiedis du pauvre au grand désarroi de ce dernier qui n’avait pas encore atteint la notoriété de Patton (ironie du sort, quand on voit ce que sont devenus les RHCP aujourd’hui !).
Puis, badaboum! au milieu de toute cette machinerie bien huilée, débarque cet Angel Dust, disons… bizarre. Ici rien de facile, de schématique, de formaté, voire de fun et sautillant (un comble pour un groupe classé « funk-metal »). Ici il y a des roulements de tambours funébres, des cris de damnés, des bruits de chaînes médiévales, des intros au piano à la Erik Satie, des claviers ténébreux, des lignes de basse sournoises, des guitares furieuses, des parodies de redneck bouseux, des loups qui hurlent… Qu’on est loin des demi-teintes FM de The Real Thing ! Pourtant n’allez pas croire, à la lecture de la liste des quelques joyeusetés contenues dans le disque, que c’est ici du doom qui tache, du gothic rock teinté de metal, du death lourd ou  autre hardcore surpuissant, non non ! L’album garde un sens de la mélodie hors du commun, un aspect « catchy », une claire accessibilité malgré l’aventurisme courageux du groupe et puis… et puis il s’agit ici du premier album où Mike Patton explosa carrément… Sa voix a non seulement mué (fini les clichés rap nasillards) et muté, mais s’est carrément démultiplié, occupant désormais magistralement l’espace sonore du disque, emplissant chaque interstice laissé vacant, s’illustrant dans des genres aussi disparates que le hardcore, le chant death, les cris aigus, la mélodie pop, la satire, le grognement, l’indolence du crooner… Une vraie révélation !
Attention, bien que magistrale, la prestation vocale de Patton ne diminue en rien le mérite des autres musiciens, qui ont retrouvé là le sens du ténébreux et du pesant, déjà décelable sur les premières démos du groupe (sans Mike Patton, et même avant Chuck Mosley) appelé alors Faith No Man et sous grosse influence Killing Joke.
Angel Dust reste donc l’exemple même du disque dont on mesure toute l’importance au fil des années. Plus de 15 ans après sa sortie il n’a pas pris une ride. Au contraire, il se révèle à chaque écoute plus flamboyant, original, osé, maitrisé, et finalement absolument incontournable. Bien que la suite fût honorable pour le groupe, l’exploit n’a pu être renouvelé. Angel Dust est la quintessence de Faith No More.